Mastaneh Firouz Notz, un destin hors du commun

Mastaneh Firouz Notz

Mastaneh Firouz Notz, ex-Deputy Representative at UNHCR

Mastaneh Firouz Notz a passé plus de 25 ans à assister les réfugiés. De l’Afghanistan à la République Démocratique du Congo en passant par le Rwanda et les régions tribales du Pakistan.

Propos recueillis par Nicolette de Joncaire

Pourquoi avez-vous fait ce choix?

Petite, quand je voyageais dans les villages en Iran avec mon père, je parlais avec les gens, je m’intéressais à leur vie, à leurs problèmes. En tant que fille je pouvais entrer dans les maisons et les ateliers. Cela m’est venu tout naturellement.

Comment êtes-vous entrée dans l’aide humanitaire d’urgence?

J’ai été recrutée à l’origine par l’OCHA[1] à la à la fin des années 1980 et de la guerre d’Afghanistan. Une mission de 3 mois, difficile car nous étions très peu nombreux – 2 ou 3 personnes par agence tout au plus – dans Kaboul encerclée. Dans la rue, les gens se battaient lors des distributions de nourriture. Nous avons décidé de distribuer les vivres dans les écoles pour établir un début d’ordre. C’est là que j’ai appris la première règle fondamentale de l’aide: identifier dans chaque pays les mécanismes qui fonctionnent et savoir les utiliser. J’ai aussi été encouragée par mon superviseur à me débrouiller seule, sans soutien au jour le jour de ma hiérarchie.

Et ensuite?

De l’OCHA, je suis passée au HCR[2], à un niveau hiérarchique modeste. Un choix important car il est fondamental de comprendre tous les échelons. Pour ma première mission de 2 ans au Tadjikistan juste après la guerre[3], le HCR nous a fait suivre un training intensif d’un mois sur les tous les aspects en rapport avec la convention de 1951 sur la protection des réfugiés (légaux, sécuritaires et logistiques). Le Tadjikistan était un pays très dur, à peine sorti du bloc soviétique. L’infrastructure n’avait rien à voir avec les normes européennes. Il n’y avait pas grand’chose à manger et j’ai eu du mal à m’adapter.  C‘est là que j’ai appris la seconde règle fondamentale de l’aide: connaitre la région pays comme sa poche, chaque route, chaque village, chaque chef de village. Et comprendre les contraintes auxquelles sont soumis les gens sur place.

Vous êtes ensuite partie pour le Rwanda

Oui, avant même la fin de ma mission au Tadjikistan. En raison du génocide, ce fut évidemment l’une des opérations les plus difficiles et j’y ai appris qu’il ne faut jamais prendre partie. Ne jamais donner raison ou tort à l’un des côtés.  Après trois ans et demi au Rwanda, j’ai été postée à Genève au siège de l’UNHCR. Il est indispensable de comprendre la grande machine de l’ONU pour être efficace. Les gens de terrain sont en prise directe avec la réalité et sont les vecteurs de ce qui se passe sur place. Il leur est essentiel de comprendre les rouages d’une organisation comme le HCR du point de vue du siège et de ses contraintes.

Quelle fut votre mission suivante?

Juste avant les attentats du 11 septembre 2001 et de Tora Bora[4], le HCR m’a envoyée au Pakistan où j’ai été, par la suite nommée directeur du bureau de Peshawar, l’une des plus grandes opérations de l’époque. Nous avons protégé et rapatrié des centaines de milliers de personnes entre 2001 et 2005. C’est là que l’expérience acquise auparavant a vraiment porté ses fruits: ne pas s’imposer, dialoguer avec les autorités locales, leur expliquer les objectifs et recueillir leur compréhension pour ne pas perdre de temps dans l’action, en bref travailler avec le système sans le démanteler… tout ce qui n’a pas été fait en Irak ou en Syrie par la suite. C’est au Pakistan que nous avons introduit la reconnaissance biométrique pour éviter que les gens ne touchent plusieurs fois les primes de rapatriement. De manière plus générale, enregistrer les réfugiés est une mesure indispensable qui permet de comprendre qui ils sont et ce qu’ils ont perdu. Il est essentiel de consulter les réfugiés sur leurs besoins et leurs aspirations, au même degré que ce qui doit être fait avec les autorités locales. Cela autorise par la suite les regroupements familiaux et les indemnisations. La connaissance approfondie est la source de l’efficacité des opérations de terrain.

Vous êtes arrivée au Sri Lanka au moment du tsunami

Deux semaines après. Le contexte y était différent. Il ne s’agissait pas de réfugiés en provenance d’autres pays mais de personnes déplacées. La situation était très grave avec des milliers de morts et de sans-abris. Heureusement, la communauté internationale était soudée et le gouvernement a mis en place un responsable de très haute qualité. Les réunions se passaient très bien et le travail abattu a été colossal. La coordination et la construction de 64.000 abris temporaires ont été effectuées en un an. La qualité et l’expérience d’un responsable d’agence détermine le succès d’une opération humanitaire. C’est là que j’ai appris que toutes les formules ne sont pas bonnes à utiliser dans tous les cas. Ce qui marchait dans d’autres opérations n’était pas applicable au Sri Lanka.

Et la fin de votre carrière?

Plutôt des missions d’urgence dont l’Ouganda puis la direction du bureau de Goma en République Démocratique du Congo pendant 2 ans.

[1] L’OCHA fut créé par l’ONU en 1991 pour coordonner l’aide humanitaire en Afghanistan au lendemain du départ des troupes soviétiques sous le nom d’UNOCA sous l’impulsion de Sadruddin Aga Khan,

[2] L’UNHCR est l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés

[3] La guerre civile du Tadjikistan s’est déroulée de mai 1992 à juin 1997, opposant les communistes aux islamo-démocrates.

[4] La bataille de Tora Bora est une opération militaire de décembre 2001 entre les Talibans et les forces de l’OTAN après les attentats du 11 septembre 2001 dans les montagnes afghanes.

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