Mary Callahan Erdoes: la gestion d’actifs est affaire de personnes

Mary Callahan Erdoes

Mary Callahan Erdoes, CEO, JPMorgan Asset

JPMorgan Chase & Co. est l’une des plus grandes banques du monde. Sa division de gestion d’actifs, J.P. Morgan Asset Management gère environ 1500 milliards de dollars et emploie 20’000 collaborateurs dont près de 1000 experts. Ce qui en fait le 10e gestionnaire d’actifs du monde. Depuis six ans l’afflux de fonds est régulier et les profits croissent continuellement. Mary Callahan Erdoes dirige J.P. Morgan Asset Management depuis 2009.

Propos recueillis par Nicolette de Joncaire

Quel est le secret de votre succès?

La gestion d’actifs est affaire de personnes. Affaire de talent. Les gestionnaires d’actifs doivent savoir absorberles changements d’environnement. Que les marchés financiers soient bons ou mauvais. Meilleurs sont les gestionnaires, meilleur est l’investissement à long terme des clients. Le reste suit, année après année. Environ 80% de nos fonds sont classés dans les deux premiers quartiles (Morningstar) au cours des dernières années et leur performance continue à croitre depuis 24 trimestres. Les marchés montent et descendent mais la compétence préserve les actifs de nos clients..

Comment vos activités sont-elles structurées?

Nous employons 20 000 collaborateurs dans 30 pays sur deux domaines d’activité principaux: la gestion de fortune et d’actifs à l’international. Ces activités couvrent tous les produits financiers: le cash, les devises, les actions, les obligations ou les investissements alternatifs. Au service de trois grands segments de clientèle. Les grandes fortunes, les investisseurs institutionnels (fonds de pension, assurances, fonds souverains) et les autres établissements financiers (banques, gestionnaires de fortune). Chacune de
ces catégories a une approche différente de l’investissement, des priorités et du risque. Un fonds souverain représente des afflux de fonds réguliers sur les quinze prochaines années. Son investissement doit être aussi long que possible. Il n’a pas besoin de cash mais peut offrir des poches d’investissement dévolues au private equity. D’autres clients ont des exigences totalement différentes. Les banques centrales par exemple doivent dégager des liquidités quotidiennes et optimiser l’utilisation de chaque point de base des taux. Les grandes fortunes ressemblent de plus en plus aux investisseurs institutionnels ou aux fondations car, bien gérée, la richesse survit aux fondateurs et se décline sur plusieurs générations. Mais ce qu’il faut aussi savoir est que cette approche est différente dans chaque pays, dans chaque culture. Les clients japonais, par exemple, n’ont pas les mêmes objectifs de placement
que les autres. Que ce soit sur le marché japonais lui-même ou à l’étranger. Ces différenciations nous ont conduits à raisonner localement dans un contexte global..

J.P. Morgan est un pionnier des solutions multi-actifs. Pour quelle raison?

Autrefois, l’investissement se raisonnait par classe d’actifs. Le client voulait, par exemple, un spécialiste des grandes sociétés européennes dans une perspective de croissance. Les exigences étaient très spécifiques. Depuis la crise financière de 2008, les clients cherchent davantage de conseil dans la gestion dynamique de leurs allocations sur la durée. Beaucoup d’entre eux ont fait de graves erreurs au moment de la crise et vendu au pire moment. Cela les a rendus nerveux. Aujourd’hui, ils réclament une assistance
transversale sur toutes les classes d’actifs et au niveau mondial. Peu de sociétés de gestion ont l’ampleur et la profondeur de vision pour offrir un service de cette nature. Ce qui est intéressant dans la gestion multi-actifs est que l’impulsion est venue des clients particuliers alors qu’à l’ordinaire, l’innovation financière est davantage menée par les investisseurs institutionnels. Cette fois-ci, ces derniers suivent la tendance et se déspécialisent pour adopter une vision transversale.

Quelle importance accordez-vous à la responsabilité sociale et aux investissements durables?

La plus grande importance. Nous travaillons énormément ce domaine en combinant investissement et responsabilité sociale et environnementale et y investissons une partie de notre propre capital. Pour nos clients, la problématique est différente. Certains y sont sensibles, d’autres moins ou pas du tout. Il existe encore trop de distinction entre la manière de gagner de l’argent et celle de le dépenser. Aux clients intéressés, nous offrons de nombreuses opportunités de toutes natures, d’un partenariat avec la fondation Gates à l’investissement dans les étapes précoces de l’innovation durable. En mars, nous avons développé avec le gouvernement britannique un fond destiné à encourager l’investissement dans le traitement de la démence sénile. Malheureusement, l’appétit pour la finance durable n’est pas aussi répandu que nous aimerions qu’il le soit.

Quels avantages présente l’appartenance à un groupe diversifié? Quelles sont les synergies?

JPMorgan Chase & Co. a plus de 200 ans d’histoire. Les lignes d’activités se sont construites progressivement autour des besoins de nos clients. Le cheminement typique est celui du jeune entrepreneur qui contacte nos services retail pour un emprunt de démarrage. Son entreprise grandit, elle peut vouloir délocaliser une partie de sa production. Pour s’étendre en Pologne ou en Inde lorsque l’on vient du Texas, on a besoin de l’aide des services commerciaux d’un groupe international. Si l’entreprise grandit encore, elle peut se scinder en plusieurs entités. Elle peut aussi chercher la cotation en bourse. Ces épisodes requièrent les services d’une banque d’investissement. Un jour, la richesse accumulée par l’entreprise devient une fortune personnelle qui se transmet ensuite aux générations suivantes. A chaque phase, nous savons réfléchir à l’incidence, planifier et structurer l’étape suivante. Notre but est d’assister le client sur des décennies, voire des siècles.

En janvier, Goldman Sachs suggérait que J.P. Morgan serait mieux valorisé s’il sortait du modèle de banque universelle et gagnerait à se scinder en entités distinctes. Qu’en pensez-vous?

Ce n’est qu’une opinion à un moment donné. La valeur de notre action est montée de plus de 10% depuis. L’analyse pourrait être très différente aujourd’hui. Notre modèle d’affaires est entièrement construit pour répondre à notre clientèle.

Quel est le risque le plus important encouru par un grand gérant d’actifs?

Notre objectif n’a jamais été d’être le plus grand mais d’être le meilleur. A bien des égards, la taille est un sous-produit de la réussite. Ce que nous recherchons est l’excellence dans chacune de nos activités. Ce qui exige un investissement continuel en talents, en innovation, en compréhension du contexte local et en technologie. Au cours de cinq dernières années, nous y avons investi plus de 400 millions de dollars. Nous avons enrichi notre offre dans le champ de la richesse souveraine, des fonds de dotation, de l’assurance, des retraites et des espaces institutionnels mondiaux. Et avons également accru nos investissements en technologie de 25% ce qui nous permet de rester à la pointe du trading, de la gestion du risque et de la conformité.

Vous avez la réputation d’être excellente en math. Cela a-t-il compté dans votre carrière?

J’ai passé la majeure partie de mon existence dans les services financiers comme investisseur. Il est clair que la maitrise des chiffres est un gros atout sur les marchés financiers. Pour gérer des portefeuilles comme pour évaluer profits et pertes.

Quelle est la qualité la plus importante pour gérer l’argent des autres?

En nous confiant leur fortune, nos clients nous font un grand honneur mais font peser sur nos épaules une lourde responsabilité. Gagner la confiance des investisseurs les plus sophistiqués exige des années, voire des décennies. Quelles que soient les fluctuations des marchés, nos clients savent pouvoir se fier à notre jugement car il faut savoir se montrer capable de filtrer les «bruits du marché» pour prendre des décisions intelligentes sur le long terme. Quel que soit le type de prestation – services de fiducie, de succession ou de prêt –, nous prenons notre responsabilité fiduciaire très au sérieux. Les clients viennent à nous parce que nous offrons une assistance au meilleur niveau. Mais ils restent avec nous parce qu’ils savent que nous respectons nos engagements.

Quelle est la qualité essentielle que doit maitriser quelqu’un qui dirige des experts de haut niveau?

La réponse est finalement assez simple lorsqu’il s’agit d’experts en investissement. Il faut leur donner les outils et le soutien nécessaire pour leur permettre de faire ce qu’ils font de mieux. Et ne pas interférer avec leur processus d’investissement ou de génération d’alpha, à moins qu’ils n’en dévient. En tant que manager, il faut comprendre comment est généré l’alpha et ce qui ne fonctionne pas en cas d’échec. Comprendre si oui ou non le portefeuille est géré en ligne avec le style 4 d’investissement choisi ou avec la thèse qui sous-tend la stratégie de placement. Il faut aussi savoir détecter et évaluer les risques, s’il y en a.

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